Catégorie : Littérature étrangère

La maison noire de Yûsuke Kishi

Résumé

Dans le cabinet d’assurances où il travaille, Shinji Wakatsuki fait figure d’employé modèle. Méticuleux, rigoureux, il traque sans relâche les incohérences dans les avis de décès. Car Wakatsuki le sait : nombre d’assurés sont prêts à faire de fausses déclarations pour obtenir un dédommagement.
Jusqu’au jour où un certain Komoda le sollicite pour un constat dans sa maison.
Sur place, le choc. Le corps d’un enfant de douze ans se balance au bout d’une corde. Suicide ? L’instinct de Wakatsuki lui dicte qu’il s’est passé autre chose dans cette demeure lugubre où flotte l’odeur de la mort.

L’avis de Cassandre

La maison noire est le second roman de l’auteur Yûsuke Kishi traduit en français (après La leçon du mal) mais il a été initialement publié en 1996, au Japon.

Wakatsuki est un agent d’assurance spécialisé en assurance-vie. Chaque jour, l’employé-modèle épluche les nécrologies et doit regarder si tous les critères sont remplis pour que sa société verse les indemnités aux bénéficiaires ou non. Un jour, un client nommé Komoda l’invite à se rendre chez lui pour une formalité. En pénétrant dans cette maison sinistre et sordide, Komoda et Wakatsuki constatent le suicide du beau-fils de Komoda. Très vite, l’assureur a des doutes. Est-ce un meurtre mis en scène afin de toucher les indemnités ? Wakatsuki n’est pas au bout de ses surprises…

Si ce roman a été écrit il y a près de 30 ans, je l’ai trouvé très moderne. Certains passages abordent des problèmes sanitaires et environnementaux et on se rend compte que ceux-ci n’ont malheureusement pas changé et sont même aggravés.

Dans La maison noire, j’ai particulièrement aimé l’ambiance qui devient de plus en plus sombre et inquiétante au fil des chapitres. Certains points de l’intrigue sont prévisibles sans que cela gâche le plaisir de la lecture. On bascule progressivement dans l’horreur, ce qui est loin de me déplaire.

Pour conclure, un thriller japonais réussi et passionnant, une thématique originale et une fin à la hauteur de mes attentes. Oserez-vous pénétrer dans la maison noire ?

La maison noire de Yûsuke Kishi, paru en février 2024 aux éditions Belfond, 304 pages, 22€

Daisy Jones and The Six de Taylor Jenkins Reid

Résumé

Daisy Jones et The Six… le groupe de rock le plus mythique de tous les temps. De leurs débuts dans les bars miteux d’un Sunset Strip écrasé de soleil californien à la gloire, leur histoire est celle d’une ascension fulgurante. C’est aussi celle de Daisy Jones, l’icône ultime. Mais le 12 juillet 1979, après le plus mémorable des concerts, le groupe a éclaté. Personne n’a jamais su pourquoi… Jusqu’à aujourd’hui. Musiciens, fans, managers, amants, gardiens d’immeubles, ils ont tous été les témoins de cette histoire… Mais quarante ans plus tard, chacun a sa propre version de la vérité.

L’avis de Cassandre

Après avoir eu un immense coup de cœur pour Les sirènes de Malibu, impossible de ne pas craquer pour Daisy Jones and the Six !

L’histoire se déroule essentiellement dans les années 1970 et retrace l’histoire d’un célèbre groupe de Rock and Roll. La forme est particulière puisqu’il s’agit d’interviews actuelles de membres du groupe et de personnes qui ont gravité autour d’eux. On assiste ainsi à la création du groupe, quand deux frères, Billy et Graham Dune se produisaient, dans leurs débuts, dans des endroits sordides mais en y croyant fermement. Parallèlement, Daisy Jones chantait, seule et a commencé à se faire remarquer. Et s’il était possible de les réunir et de se hisser en tête du Hit Parade ?

Daisy Jones and the Six est un roman passionnant et certainement la lecture dont j’avais besoin. J’ai trouvé le récit ultra réaliste, comme si le groupe avait réellement existé. Taylor Jenkins Reid aborde le rock dans ses meilleurs et ses pires moments. On parle de la passion pour la musique, l’écriture, les tournées, l’argent qui coule à flots, le sexe, la drogue et ses limites trop souvent franchies. C’était une autre époque, de celles où on pensait que la drogue (et le sexe) ne tuaient pas. Une époque libre et électrisante. Ce qui est paradoxal, c’est que malgré des dérives à gogo, on a envie de faire partie de ce groupe, on s’attache profondément à eux.

Une fois encore, Taylor Jenkins Reid nous montre ses talents de conteuse et sa capacité à nous propulser dans une autre époque. Il me tarde de retrouver sa plume !

Daisy Jones and The Six de Taylor Jenkins Reid, paru en juin 2020 aux éditions 10-18, 480 pages, 9.20€

Les chants d’amour de Wood Place de Honoré Fanonne Jeffers

Résumé

Depuis l’enfance, Ailey passe ses étés dans la petite ville de Chicasetta, en Géorgie, là où la famille de sa mère vit depuis l’arrivée de leurs ancêtres esclaves. Ailey s’est toujours battue pour son identité, combat compliqué par des traumatismes transgénérationnels, ainsi que par des chuchotements de femmes – ceux de sa mère, Belle, de sa sœur, Lydia, et d’une longue lignée matriarcale – qui poussent Ailey à accomplir ce qui leur a été refusé.

Pour se réconcilier avec qui elle est, Ailey embarque pour un voyage dans le passé de sa famille, dévoilant les récits poignants de générations d’ancêtres – autochtones, Africains, Européens – dans le Grand Sud. Ce faisant, Ailey doit apprendre à accepter son héritage, une histoire d’oppression et de résistance, de servitude et d’indépendance, de cruauté et de résilience qui cristallise l’identité même des États-Unis.

L’avis d’Audrey

Les chants d’amour de Wood Place est un roman que j’avais hâte de lire et que j’appréhendais tout autant. Du haut de ses 900 pages, il a de quoi impressionner. Mais dès les premières pages, j’ai su qu’il me plairait. Et encore, c’est un euphémisme.

Le personnage principal s’appelle Ailey. Elle est née aux Etats-Unis, en 1973. Nous allons la suivre de son enfance jusque dans les années 2000. Mais avant de connaître Ailey, le lecteur va remonter plusieurs siècles en arrière, quand les Creeks ont été dépossédés de leurs terres et que l’esclavage s’est progressivement mis en place… L’histoire d’Ailey est entrecoupée de Chants qui sont des chapitres plus poétiques sur l’histoire de ses ancêtres.

Il est difficile de résumer un roman aussi dense mais je peux vous expliquer pourquoi je l’ai tant aimé. Je me suis fortement attachée à Ailey, une femme Noire en colère, féministe, qui porte en elle un double-fardeau : les violences qu’on lui a faites personnellement et celles qu’on a pu faire à sa famille et à ses ancêtres. Ailey est la petite dernière d’une famille de trois filles. J’ai particulièrement aimé Lydia, la grande sœur cabossée et malmenée. Mais aussi le père aimant, ou encore Oncle Root et sa mémoire d’éléphant. Les thématiques sont difficiles et et peuvent heurter le lectorat mais les sujets sont extrêmement bien maîtrisés et abordés brillamment.

Les chants d’amour de Wood Place est un roman puissant qui pousse à réfléchir sur l’histoire des afro-américains mais aussi sur la condition des Noirs et surtout des femmes noires dans la société. J’ai été ébranlée par ce roman, je ne parviens pas à sortir de Chicasetta, cette bourgade fictive de Géorgie. Je ressors étourdie de cette lecture et je salue Honorée Fanonne Jeffers pour ce premier roman brillant, à lire à tout prix.

Les chants d’amour de Wood Place de Honoré Fanonne Jeffers, paru en septembre 2023 aux éditions Les Escales, 912 pages, 27€

Nos cœurs disparus de Celeste Ng

Résumé

États-Unis d’Amérique, dans un futur pas si lointain. L’existence de tous est rythmée par des lois liberticides. Tout citoyen de culture étrangère est considéré comme dangereux pour la société.
Les livres tenus pour séditieux sont retirés des bibliothèques. À commencer par ceux de la poétesse Margaret Miu, disparue mystérieusement trois ans plus tôt. Bien décidé à la retrouver, son fils, Bird, aidé par un réseau clandestin de bibliothécaires, va peu à peu prendre conscience du sort des opprimés et de la nécessité impérieuse de porter leur voix.

L’avis de Cassandre

Dans un avenir proche, pour sortir d’une crise terrible, les États-Unis ont adopté une loi intitulée PACT (qu’on peut traduire par « Loi sur la sauvegarde de la culture et des traditions américaines »). Derrière ce nom, se cache surtout un système autoritaire profondément raciste et anti-Chinois. Bird, treize ans, vit seul avec son père depuis le départ forcé de sa mère. D’origine asiatique, elle cumule les chefs d’accusations, notamment en raison de l’un de ses recueils de poèmes publié, puis censuré par le PACT, car jugé révolutionnaire. Imaginez un monde où les livres ont déserté les bibliothèques, les conversations sont épiées, des enfants arrachés à leurs familles… Bird a toujours vécu avec ces règles, se fondre dans la masse, ne jamais rien contester, s’en tenir au PACT. Mais une carte envoyée par sa mère pourrait bien changer la donne…

Nos cœurs disparus est une pépite, le genre de roman qui nous habite et dont on a du mal à ressortir. Celeste Ng dépeint un monde pas si éloigné de la réalité, surtout quand on pense à l’Histoire des États-Unis. Il est tellement facile de basculer dans l’oppression, la censure et de vivre entravés. J’ai été conquise par les personnages. Bird entre dans l’adolescence, il commence à remettre en cause ce qui lui semblait normal et acceptable et à regarder le monde avec des yeux nouveaux. Margaret, sa mère, est un personnage engagé, qui œuvre pour que chacun retrouve la liberté à travers l’art et les actions pacifiques. Nos cœurs disparus est un roman qui alerte, qui bouscule, dont la violence est souvent suggérée mais rarement totalement explicite. Le poids des autorités nous écrase, nous fait suffoquer. Derrière les ténèbres de ce futur proche, il y a tout de même de l’espoir.

Un message fort et un roman inoubliable, écrit avec une volonté, une prière : que tout cela ne se produise jamais.

Nos cœurs disparus de Celeste Ng, paru en août 2023 aux éditions Sonatine, 384 pages, 23,50€

Petits meurtres à Endgame d’Alexandra Benedict

Résumé

« Lily chérie, J’ai bien conscience que tu n’as aucune envie de remettre les pieds à Endgame. Je sais qu’hériter du manoir ne t’intéresse pas mais je t’implore de participer. Il est grand temps que tu apprennes la vérité et elle te sera révélée par le jeu de piste de Noël. »
En recevant cette lettre de sa tante, Lily Armitage n’hésite pas longtemps. Depuis vingt ans que la mort de sa mère la hante, voilà l’occasion d’en connaître l’assassin. Direction Endgame – ses cousins cupides, son labyrinthe d’indices et son Cluedo de Noël, plus vrai que nature…

L’avis de Cassandre

Que faites-vous pour Noël ? Le programme de Lily est déjà tout trouvé. La trentenaire a perdu sa tante qui l’élevait depuis la mort tragique de sa mère. Et cette fameuse tante a laissé des directives s’il lui arrivait quelque chose : organiser un jeu de piste de Noël à Endgame, la demeure familiale. Les cousins et cousines de la jeune femme se réunissent alors pour déjouer douze énigmes (une par jour) avec, en jeu, les clés d’Endgame. Pour Lily, la propriété lui importe peu. Elle espère surtout faire lumière sur les circonstances floues de la mort de sa mère.

Ce roman m’a fait énormément de bien alors que j’étais en panne de lecture. J’ai adoré l’ambiance ! Imaginez un Noël qui mêle intrigues, meurtres et vilains secrets de famille. Très vite, nous nous retrouvons dans un huis-clos glacial, coupés de la civilisation. La neige abondante, le froid, les personnages dont on ne peut que se méfier et Mrs Castle, la gouvernante lugubre.

Alexandra Benedict est passionnée de jeux de mots et elle nous régale avec ses énigmes. J’ai adoré suivre Lily en train de les résoudre et nous expliquer la solution. Ce roman n’est pas sans défauts, il y a un peu trop de meurtres à mon goût et le final manque peut-être de crédibilité. Ce n’est cependant pas gênant et cela n’a pas entaché le plaisir ressenti durant ma lecture.

Une vraie bonne surprise, un roman à lire idéalement pendant les froides soirées d’hiver !

Petits meurtres à Endgame d’Alexandra Benedict, paru en octobre 2023 aux éditions Pocket, 456 pages, 9€

Le portrait de mariage de Maggie O’Farrell

Résumé

C’est un grand jour à Ferrare. On y célèbre les noces du duc Alfonso et de Lucrèce de Médicis. La fête est extravagante et la foule n’a d’yeux que pour le couple.
 La mariée a quinze ans.
 Rien ne l’avait préparée à ce rôle. Elle n’était que la troisième fille du grand duc de Toscane, la discrète, la sensible, celle dont ses parents ne savaient que faire. Mais le décès soudain de sœur aînée a changé son histoire.
 La fête est finie, Lucrèce est seule dans un palais immense et froid. Seule face aux intrigues de la cour. Seule face à cet homme aussi charismatique que terrifiant qu’est son mari.
 Et tandis que Lucrèce pose pour le portrait de mariage qui figera son image pour l’éternité, elle voit se dessiner ce que l’on attend d’elle : donner vie à un héritier. Son propre destin en dépend…

L’avis de Cassandre

J’ai lu presque toute la bibliographie de la talentueuse Maggie O’Farrell, je ne pouvais pas louper cette parution ! Le portrait de mariage est un roman inspiré de faits historiques réels. Il raconte l’histoire de Lucrèce de Médicis, mariée en 1560, à l’âge de quinze ans et qui deviendra alors Duchesse. Un an plus tard, Lucrèce est morte, les rumeurs disent que ce n’est pas la maladie qui l’a tuée mais son mari.

Maggie O’Farrell nous propose une histoire romancée sur la courte vie de l’héroïne. Retrouver la plume de l’écrivaine est un plaisir. Je la trouve talentueuse, poétique et captivante. Je me suis plongée dans l’Italie du XVIème siècle et j’ai pu aisément imaginer la vie de l’adolescente.

Qu’il est difficile de lire un récit abordant la thématique des mariages forcés, surtout quand l’épouse est davantage une enfant qu’une femme. Ce sujet est hélas, toujours d’actualité. J’ai été touchée par Lucrèce, sa différence, sa passion pour l’art et le calvaire qu’elle devra endurer.

Le portrait de mariage est un beau roman écrit avec sensibilité. Qu’attendez-vous pour découvrir la plume de Maggie O’Farrell ?

Le portrait de mariage de Maggie O’Farrell, paru en août 2023 aux éditions Belfond, 416 pages, 23,50€

Où vivaient les gens heureux de Joyce Maynard

Résumé

Lorsque Eleanor, jeune artiste à succès, achète une maison dans la campagne du New Hampshire, elle cherche à oublier un passé difficile. Sa rencontre avec le séduisant Cam lui ouvre un nouvel univers, animé par la venue de trois enfants : la secrète Alison, l’optimiste Ursula et le doux Toby.
Comblée, Eleanor vit l’accomplissement d’un rêve. Très tôt laissée à elle-même par des parents indifférents, elle semble prête à tous les sacrifices pour ses enfants. Et si entre Cam et Eleanor la passion n’est plus aussi vibrante, cette vie familiale au cœur de la nature, tissée de fantaisie et d’imagination, lui offre des joies inespérées. Jusqu’au jour où survient un terrible accident…

L’avis de Cassandre

Il y a des romans dont on pourrait parler durant des heures et celui-ci en fait clairement partie. Le personnage principal s’appelle Eleanor. Nous la suivrons durant plusieurs décennies. Elle est illustratrice d’albums pour enfants et a vingt-ans quand elle achète une ferme, dans un village des États-Unis. Eleanor rencontre Cam et ensemble, ils ont trois enfants. Ils mènent une vie simple mais heureuse et se réjouissent des petits bonheurs du quotidien. Mais on sait que cette vie de famille s’apprête à basculer, car, dans le prologue, Eleanor est divorcée et la relation qu’elle entretenait avec ses enfants a changé.

Joyce Maynard a su me captiver, durant près de 600 pages qui ne m’ont jamais ennuyée. Elle dresse le portrait d’une femme très complet à travers laquelle j’ai pu parfois m’identifier. Eleanor est une femme, une travailleuse, une épouse, une mère et endosse de nombreuses casquettes. Elle porte sa famille à bout de bras et fait tout ce qui est en son pouvoir pour que chacun ne manque de rien, quitte à se sacrifier. Son attachement pour sa maison est fort, elle est son foyer parfaitement imparfait, celui qui a vu naître et grandir ses enfants. Ce foyer qui a été le témoin de beaucoup d’amour aussi.

Je ne pensais pas qu’un roman était capable de me bouleverser à ce point. J’ai trouvé la réflexion de Joyce Maynard très juste. Dans la vie, on craint tous certaines choses. Mais en réalité, il est rare qu’elles se produisent et la vie nous réserve parfois d’autres grands malheurs auxquels rien ne peut nous préparer. L’écrivaine nous fait aussi prendre conscience que rien n’est acquis et que tout peut basculer en une fraction de secondes. Mais si la vie nous reprend parfois certaines choses, elle nous offre aussi des surprises inattendues. L’écrivaine aborde de nombreux sujets tels que le divorce et son impact sur la famille, le féminisme, le handicap, et surtout, le pardon et la résilience.

Vous l’aurez compris, ce roman est un gros coup de cœur et de loin, ma plus belle lecture de l’année.

Où vivaient les gens heureux de Joyce Maynard, paru en août 2022 aux éditions 10-18, 600 pages, 10,10€

L’été où Elodie de Kate Riordan

Résumé

Au cœur d’un été étouffant, marqué par des incendies d’une violence inhabituelle, Sylvie doit quitter Londres pour retourner dans sa maison en Provence, où elle n’a pas mis les pieds depuis dix ans. Accompagnée d’Emma, sa cadette, elle tente de dépasser le sentiment d’effroi que lui inspire cet endroit.
Que s’est-il réellement passé cet été 83 ? Qu’est-il arrivé à Élodie, sa fille aînée ? Élodie qui obtenait toujours ce qu’elle voulait. Élodie que les gens du village comparaient à l’une des « Manson Girls ». Élodie, disparue à l’âge de quatorze ans.
Tandis que le mercure grimpe et que les feux se rapprochent, Sylvie sent poindre une menace bien plus effrayante. Qui pourrait tout changer.

L’avis de Cassandre

Sylvie, divorcée, habite seule à Londres avec son adolescente, Emma. Une lettre l’enjoint de se rendre à la Rêverie, sa maison de campagne en France, où elle n’a pas mis les pieds depuis dix ans et qui a subi des dégradations. Le cœur lourd, Sylvie part donc en Provence avec sa fille. Désormais, elle n’a pas d’autre choix que celui d’affronter son passé. Très vite, le lecteur découvre l’existence d’Elodie, la fille aînée de Sylvie, qui a disparu dans des circonstances dramatiques, il y a dix ans.

Kate Riordan a choisi d’alterner les temporalités. Nous suivons Sylvie et Emma dans le présent, en 1993, et l’histoire d’Elodie, depuis sa naissance, en 1969. L’été où Elodie est un roman très addictif. On se demande ce qui est arrivé à l’adolescente et pourquoi Sylvie redoute tant son retour à la Rêverie. Kate Riordan aborde la maternité de manière singulière et parle d’enfants différents. L’ambiance est lourde, moite, le lecteur espère et redoute l’orage qui arrive, sans pouvoir anticiper ses conséquences. Ce récit a su me surprendre et me toucher. J’aurais juste souhaité une fin plus détaillée. J’ai trouvé qu’elle arrivait trop rapidement et qu’il manquait quelques explications.

Pour conclure, un roman noir idéal pour l’été et un écrivaine que j’espère retrouver prochainement !

L’été où Elodie de Kate Riordan, paru en juin 2023 aux éditions 10-18, 408 pages, 8,90€

Les sirènes de Malibu de Taylor Jenkins Reid

Résumé

Malibu, samedi 27 août 1983. La ville entière vibre d’excitation : ce soir, Nina Riva donne sa grande fête annuelle, l’événement le plus notoirement décadent de la côte ouest auquel tout le monde rêve d’être invité, stars du show-biz comme anonymes. La seule personne à ne pas partager cet enthousiasme est peut-être Nina, justement. Après des années à porter sa célèbre famille à bout de bras, elle se passerait bien de jouer une fois de plus les hôtesses parfaites.
Livrés à eux-mêmes dès leur plus jeune âge, les enfants Riva ont réussi à devenir des modèles de succès qui fascinent aujourd’hui l’Amérique. Mais sous cette belle façade, Nina, Jay, Hud et Kit cachent chacun leurs propres secrets. Et si à minuit la fête bat son plein, au matin, leur palais de verre sera en flammes.
Des côtes escarpées de Malibu aux plages de sable fin du Pacifique, en passant par l’emblématique Pacific Coast Highway, le portrait envoûtant d’une fratrie aux prises avec ses rêves et son histoire familiale.

L’avis de Cassandre

Août 1983, Nina Riva, vingt-cinq ans, s’apprête à donner sa fête annuelle, dans sa villa à Malibu. Nina est connue pour ses photos en bikini et calendriers où elle pose en tant que surfeuse. Elle est aussi célèbre car elle est mariée à un tennisman de renom qui vient juste de se faire la malle avec une autre joueuse… En soi, Nina n’est pas impatiente d’accueillir ses convives mais impossible d’annuler, tout le gratin n’attend que ça et viendra coûte que coûte.

Détrompez-vous, il ne s’agit nullement d’un roman léger sur la jet-set ! On y parle avant tout de portraits de femmes, en particulier Nina, l’aînée d’une fratrie de quatre enfants et leur mère, June. Nous les suivons chacune à leur tour, à la manière d’un miroir, tant leurs vies se ressemblent. J’ai été à la fois émue en assistant à leur dévouement sans faille et attristée tant elles s’oublient elles-mêmes.

Les sirènes de Malibu est un roman qui parle du patriarcat, de tromperie, d’engagement, de fuite et de lâcheté, entre autres. Impossible de ne pas être touché par la famille Riva, par ces deux frères et ces deux sœurs qui grandissent tant bien que mal, motivés par une passion commune, le surf. L’histoire se déroule sur 24 heures, le jour de la fameuse fête aux airs de cocote minute, prête à imploser. On se doute que rien ne se passera comme prévu et que la soirée changera le destin de chacun à jamais. Ne vous faites pas avoir par le titre, ici, on ne parle pas de sirènes comme les belles créatures aquatiques mais plutôt comme les sirènes d’alarme qui se déclencheront probablement après une telle soirée.

J’ai eu un coup de cœur pour la plume de Taylor Jenkins Reid qui dissèque la complexité des liens familiaux. Une histoire fascinante qui se conclue par un final jubilatoire !

Les sirènes de Malibu de Taylor Jenkins Reid, paru en mai 2023 aux éditions 10-18, 480 pages, 9,60€

Ce qu’elle a laissé derrière elle d’Ellen Marie Wiseman

Résumé

New York, 1929. Clara Cartwright, 18 ans, est prise en étau entre ses parents autoritaires et son amour pour un jeune immigrant italien. Furieux qu’elle ait rejeté un mariage arrangé, son père l’envoie dans un asile pour « malades nerveux ».
1995. L’asile Willard a bien vieilli. Par un dimanche brumeux, la jeune Isabelle en découvre les arbres torturés, les murs décrépits… Elle-même hantée par son passé, Izzy ne tarde pas à dénicher, dans les décombres, cette malle à l’abandon et le journal intime qu’elle contient…
Ce que l’une a laissé derrière elle sera l’occasion, pour l’autre, d’avancer enfin dans sa vie.

L’avis de Cassandre

L’an passé, j’ai lu et adoré La vie qu’on m’a choisie. Je n’ai eu aucune hésitation avant de me plonger dans cette autre histoire. Là encore, nous suivons deux femmes, à deux époques différentes, aux États-Unis. D’un côté, il y a Clara, dix-huit ans en 1929. Elle est la fille de parents bourgeois qui voient d’un mauvais œil son histoire d’amour avec Bruno, un immigré italien. Le ton monte sérieusement et le père de Clara a une solution toute trouvée : la faire interner à Willard, l’asile public. L’autre femme que nous suivons est Izzie, dix-sept ans, en 1995. Elle traîne de grosses casseroles niveau familial et se retrouve ballotée de foyer en foyer. Ses parents adoptifs actuels sont plutôt sympas et lui proposent de s’investir dans un projet de musée sur l’ancien asile local, Willard. Izzie découvre un journal intime et des effets personnels ayant appartenu à Clara. Qu’est-il arrivé à la jeune femme ?

J’ai toujours été intéressée par la thématiques des asiles, en particulier sur les femmes saines d’esprit qu’on internait pour les faire taire ou parce qu’elles avaient des « mœurs légères », par exemple. Ce roman est entièrement fictif. Pourtant, Ellen Marie Wiseman dépeint parfaitement le portrait d’une femme internée de force par sa famille. Cette histoire est terrible, entre l’injustice, les mauvais traitements, les punitions, la malnutrition, les sévices, les traitements médicamenteux. Impossible de ne pas avoir la nausée. Cela relève presque du film d’horreur. Et pourtant, c’est le sort vécu par de nombreuses femmes…

Si le texte est dur et nous tord le ventre, j’ai eu un coup de cœur pour cette lecture. Un coup de cœur pour ces deux femmes qui affrontent des démons différents et se montrent fortes. Un coup de cœur pour l’écriture et pour cet hommage retentissant, à toutes ces femmes à qui ont a brisé la vie. J’ai lu cette histoire en une petite journée, avec avidité et soif de justice. Un récit inoubliable que je recommande à 200%.

Ce qu’elle a laissé derrière elle d’Ellen Marie Wiseman, paru en mars 2023 aux éditions Pocket, 496 pages, 9,50€